Le chocolat suisse: un mythe

Missing Bernadette Hourtolou, le 22 mai 2014 20:14:36

Le chocolat est aux suisses ce que le café est aux italiens, le vin aux français ou le thé aux britanniques: partie intégrante de leur identité.
Pourtant ce ne sont pas les suisses qui ont découvert le chocolat. Aztèques et Mayas l'utilisaient comme boisson lors de leurs cérémonies rituelles. Et c'est Cortès qui a expédié en Europe les premières fèves de cacao.
Les pays européens comme l'Angleterre, la France, le Portugal, la Hollande, qui ont des colonies, vont très vite se mettre à la production et au commerce du chocolat, en touchant d'abord les Cours d'Europe et l'aristocratie. Le chocolat ne se démocratisera que plus tard.
 Au XVI ième siècle, la Suisse est sous la coupe des réformateurs. Tout doit être effort sur soi-même, point de plaisir. Alors, grâce aux suisses voyageurs installés en Europe, le chocolat va arriver en tant que médicament, principalement pour les femmes, personnes âgées et enfants.
 Au XVIII ième et en partie grâce aux philosophes dont Rousseau, la philosophie de l'éducation évolue et se fait plus bienveillante. Effort sur soi d'accord, mais on a alors droit à une récompense.
 Puis en 1837, les anglais inventent la tablette et on a  l'explication du partage chrétien et convivial, le chocolat devient créateur de lien social comme on dit aujourd'hui. C'est à ce moment-là qu'il arrive sur (presque) toutes les tables. La production va alors s'intensifier, se mécaniser, et les inventeurs vont petit à petit mettre en place un réseau de fabricants complémentaires, qui vont nouer des alliances patrimoniales et, fin dix-neuvième, on a quasiment en place tous les acteurs qui ont pignon sur rue aujourd'hui.

Qu'on en juge:Francois Louis Cailler (1796-1852) ouvre un atelier à Vevey portPhilippe Suchard (1797-1884) s'installe à Neuchatel en 1825Jacques Foulquier, (1798-1865 )lui, s'établit à Geneve; plus tard Favarger, son gendre et son petit fils reprendront l'affaire familiale.CharlesAmedee Kohler (1790-1874), reprend à Lausanne l'affaire paternelle et créera le gianduja au goût de noisette
Daniel Peter (1836-191)9 inventeur du chocolat au lait en 1875 épouse Fanny Cailler: leur fille étant allergique au lactose, il va inventer, avec son voisin chimiste Henri Nestlé, le lait en poudre.
En 1845 Rudolph Sprungli-Ammann (1816-1897) ouvre boutique à Zürich
Rodolphe Lindt (1855-190)9 invente le conchage par sérendipité
Le bernois Wilhem Kaiser installe Villars à Fribourg en 1904
Nenri Nestlé (1814-1890) passe un contrat avec Peter et Kohler pour fabriquer la farine lactée.
Tous ces noms incarnent aujourd'hui la tradition et la qualité suisse en matière de chocolat alors que celui-ci ne représente qu'un petit 10% par exemple de la production de produits alimentaires de Nestlé.

Mais ces producteurs ont bien compris l'usage qu'ils pouvaient faire de l'imaginaire suisse pour vendre leurs produits. Il n'est que de regarder une publicité actuelle pour Tobleronne. Tous les ingrédients du mythe, comme dirait Barthes, sont réunis: la forme triangulaire, c'est le Cervin, la montagne donc la nature, avec la vache, productrice de lait, symbolisant la mère, pur, adoucissant, pour la tradition un joueur de Alphorn et pour la qualité, mais discret, dans un coin, on a le drapeau suisse. Un grand-père et sa petite-fille nous conduisent tout droit vers un autre mythe suisse, Heidi.